Il y a 3 mois de cela, s’achevait la Coupe du Monde de foot féminin. Ségolène Royale, l’ancienne candidate aux présidentielles de 2007, avec des étoiles dans les yeux s’est alors exprimée: « Et peut-être qu’un jour on verra des équipes mixtes. Ce serait formidable. On va me répondre : “Mais qu’est-ce qu’elle raconte…” Et pourquoi pas ? Pourquoi pas du foot à équipes mixtes ? Vous imaginez le spectacle, c’est extraordinaire. » (Voir l’article).

Imaginer le football professionnel mixte, cela a fait beaucoup rire, même nous. Cela dit, il y a encore quelques années, le football mixte dès le plus jeune âge et hors compétition faisait beaucoup rire aussi. Ce n’est qu’aujourd’hui, qu’on commence à être choqués quand on entend qu’Amandine Henry, à l’âge de dix ans s’est vu refuser l’entrée au club de football de Lille. On ne mélangeait pas les filles et les garçons. Cela a bien changé et cette année la FFF souhaite encourager le foot féminin et élargir la mixité aux compétitions U15 et U16. Alors…? En compétition, hors compétition, le foot mixte c’est une bonne ou mauvaise idée?

Foot féminin ou foot mixte? Les arguments pour la mixité

Une chose est sûre, c’est que nos championnes ont toutes commencé à jouer avec les garçons et que le résultat est plutôt bon. Griedge Mbock, s’entrainait avec les garçons du SC Ponta puis de Brest jusqu’à 13 ans et a adoré l’expérience. Elle a confié avoir regretté son passage en équipe féminine. Le foot féminin était si peu médiatisé à l’époque, qu’elle ne connaissait même pas l’existence de l’Equipe de France féminine. Elle avait peur de ne manquer de challenge. Elle s’est finalement vite rendu compte de sa chance en intégrant l’OL féminine en 2015. En tout cas, elle a profité des nombreux avantages que peut présenter la mixité.

Equipe de France féminine 2019

La FIFA met en évidence ces avantages par rapport au foot féminin et explique que : « La mixité permet aux jeunes des deux sexes de jouer ensemble et est un moyen de participer à l’émancipation des deux sexes, de contribuer à une meilleure tolérance et au respect mutuel. En jouant avec les garçons, les filles ont une image d’elles-mêmes plus positive, prennent confiance en elles et sont plus conscientes de leur talent ».

Des études complémentaires ont aussi montré que la responsabilité des joueurs augmente lorsque les hommes et les femmes jouent ensemble. Chacun fixé sur ce qu’il maitrise le mieux pour impressionner l’autre et justifier sa place au sein de l’équipe. La mixité entrainerait donc chacun, fille comme garçon, à donner le meilleur de soi-même. Jusqu’ici c’est le top.

Enfin, la mixité devient presque indispensable dans le cas précis du football. Comme l’intérêt donné par les filles peut encore être insuffisant à ce jour, elle devient le seul moyen pour les ligues locales de former des équipes par rapport au foot féminin. Et si on va plus loin, elle devient le seul moyen pour certaines filles de jouer et de découvrir un sport qui leur plaît en dehors de tout préjugé.

Foot féminin ou foot mixte? Les arguments contre la mixité

Sauf que… tout le monde n’est pas Mbock ! Qui n’a jamais connu au foot, – et c’est valable à la boxe, dans les skateparks, au basket dans tous les terrains publics des villes, etc – ce moment légèrement désagréable… Ce moment où tu te retrouves seule à faire partie des deux ou trois filles parmi tous ces garçons? Et où tu te demandes si tu ne t’es pas trompée? ? Ce moment où, et là c’est moins drôle, tu as le droit à cette petite phrase qui te décourage d’entrée de jeu du style: “Les filles c’est lent!”, “t’es sûre de pouvoir suivre?”, “Si on prend une fille, ça pénalise l’équipe”.

foot fille vs foot mixte? critique filles sportives

C’est un peu notre histoire chez Kataea et c’est aussi celle de notre « Gazelle », Kadidiatou Diani. Pour diverses raisons, elle n’aimait pas du tout l’idée d’être la seule dans une équipe de garçons. Sans le soutien de ses parents et des entraineurs qui l’ont repérée très tôt, elle n’en serait donc pas là. Alors le foot féminin, ça du bon?

La réalité c’est que la mixité lorsqu’on reste en minorité peut en dissuader certains, filles comme garçons. Ainsi, à notre stade, si on ne veut pas perdre de nouvelles recrues, continuer à parler et à jouer au foot féminin et au foot masculin semble être la meilleure idée.

Cela se vérifie d’autant plus au niveau professionnel. Le football masculin brasse des millions de joueurs et des milliards d’euros. Le football féminin quant à lui, n’a que dix an et regroupe 200 000 joueuses et brasse peu d’argent. Dans le foot féminin, les transferts et les contrats professionnels sont encore rares, donc le niveau n’est pas le même. En fait, si on rendait le foot professionnel mixte, on risquerait de diminuer les chances des femmes de jouer au foot.

Et donc?

Conclusion, si aujourd’hui on dit football féminin et non pas football, ce n’est pas parce qu’on ne veut pas, mais parce que c’est encore incomparable. Alors on dit “oui” à la mixité dans une certaine mesure, mais, on dit surtout “oui” à plus d’équipes féminines dans les clubs!

Les Françaises ont prouvé leur intérêt en se pressant à la rentrée 2019 dans les clubs de foot pour, elles aussi, taper dans le ballon. Le nombre des licenciées a été multiplié par deux en 4 ans. Dans certains clubs, les femmes sont si nombreuses par rapport à l’an dernier qu’elles ne peuvent même pas être accueillies dans les équipes de foot féminin.

Pour finir, on espère vivement comme Brigitte Henriquez que l’argent dégagé par la médiatisation sans précédent de la Coupe du Monde (le record d’audience 2019 !) et celui qui sera dégagé en 2021 par la médiatisation du Championnat d’Europe féminin servira au développement de football féminin. Et notamment à l’ouverture d’équipes féminines dans les clubs.

Plus il y aura de filles intégrées, plus les chances seront grandes de former des championnes capables de concurrencer l’OL!  A ce moment là, qui sait, on pourra peut être envisager de former des équipes mixtes viables ?

Bon, cela, c’était notre avis et vous votre avis sur le sujet, c’est quoi ?